La Bourse en lévitation

Rien ne semble pouvoir altérer la confiance des investisseurs,  ni Theresa May, ni Donald Trump, ni la BCE, ni Banco Popular. Les opérations  financières se multiplient.

i vous étiez sur une île, en croisière ou, tout simplement, en mode pause et déconnecté de l’actualité, vous pourriez avoir l’impression qu’il ne s’est finalement rien passé cette semaine sur les marchés et dans le grand bain politico-économique mondial. La preuve, le Cac 40 fait quasiment du surplace. Wall Street continue de tutoyer ses plus-hauts historiques. « L’indice de la peur », le Vix, véritable baromètre des marchés, affiche un grand calme. Et, pourtant, nous avons vécu une semaine incroyable, qui, dans d’autres moments ou à d’autres époques, aurait déclenché de fortes réactions boursières. Rien à voir avec le référendum de l’an dernier, les élections législatives anticipées britanniques ont d’abord eu lieu dans l’indifférence générale des investisseurs, puis l’échec surprise, vendredi, de Theresa May, qui vient de perdre sa majorité absolue au Parlement, laisse de marbre la Bourse.

Le marché a déjà intégré que le Brexit, quoi qu’il arrive, sera un long chemin de croix avec plein de surprises (lire page 17). Le deuxième grand événement politique a eu lieu de l’autre côté de l’Atlantique : la Bourse se met aussi à snober Donald Trump. Même s’il ne sera peut-être pas un président « empêché », qui ne pourrait pas terminer son mandat, il devient un président impuissant aux yeux des investisseurs. Moins d’une semaine après sa décision de sortir son pays de l’accord de Paris sur le climat, près de 1.000 patrons et grands investisseurs américains ont décidé de riposter et de se passer de l’avis de leur président. Un véritable camouflet pour celui qui se voulait le grand défenseur du business.

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Pour deux raisons. Premièrement, certains patrons sont sincèrement sensibles au climat. La seconde est plus pragmatique.

Les Etats-Unis ne reviendront pas à l’ère du charbon car, tout simplement, ils ont à leur disposition du gaz de schiste en grande quantité, moins émetteur de CO2, donc plus énergico-compatible avec les accords de Paris. Par ailleurs, ce gaz est bien plus rentable. La planète finance, si enthousiaste, lors de son élection, à l’idée que le nouveau président soit pro-business, se passe désormais de lui pour la suite des événements.

Même l’audition, cette semaine, de l’ex-patron du FBI, qu’il a limogé, n’a pas inquiété le marché. L’actualité n’est pas seulement politique, elle est aussi financière. Cette semaine, le monde bancaire a connu une nouvelle crise qui aurait pu devenir systémique. Le 7 juin, la sixième banque espagnole, Banco Popular, qui compte tout de même 4 millions de clients, dont de nombreuses PME, a échappé de justesse à la faillite. Santander l’a reprise in extremis pour un euro symbolique. Popular s’était lancé à contretemps dans l’immobilier, c’est-à-dire en 2007, au sommet de la bulle, et continuait à traîner dans son bilan des actifs douteux qu’il fallait provisionner sans cesse.

Un fardeau devenu trop lourd à porter. Les actionnaires de Banco Popular ont tout perdu dans cette affaire, mais les valeurs bancaires européennes n’ont pas été éclaboussées. La Bourse n’a pas non plus sanctionné la décision de la BCE de fermer la porte à une nouvelle baisse des taux, même si l’inflation se maintient sous son objectif (page 7). Mario Draghi compte sur l’accélération de la croissance économique pour écarter tout risque de déflation. Le président de la BCE a aussi confié qu’il était « prêt à augmenter le programme d’achats d’actifs en termes de taille et/ou de durée, si besoin ». Autrement dit, la banque centrale propose une politique légèrement moins accommodante mais pré- vient qu’elle souhaite un été calme sur les marchés.

Dans cet environnement de confiance généralisée, les opérations financières se multiplient (pages 4 à 6). Rien qu’au cours de ces derniers jours, nous avons eu le rachat du CIC par Crédit Mutuel, de SIPH par Michelin, de Baccarat par un fonds chinois, d’IsCool par Hachette, d’Etam par les actionnaires historiques, mais aussi la mise en Bourse d’ALD par Société Générale pour 6 milliards d’euros, une acquisition d’Elis, une bataille pour le contrôle d’Eurazeo et une rumeur de rachat d’Euler Hermes par Allianz. Nous sommes entrés dans une période d’euphorie, qui trouvera son point culminant lorsque des méga-fusions de dizaines de milliards d’euros auront lieu. Restons toutefois attentifs. La Bourse a un grand rendez-vous le 14 juin avec la banque centrale américaine. La Fed devrait à son tour annoncer une politique monétaire moins accommodante. Il faut espérer que les marchés réagissent aussi bien que pour la BCE. Il ne faut pas oublier que la dette totale des ménages américains au trimestre dernier a atteint un record de 12.730 milliards de dollars, dépassant les 12.680 milliards qu’ils détenaient au sommet de la bulle immobilière. La seule différence, et elle est de taille : les taux d’intérêt, et donc le coût de la dette, ont été divisés par deux. Même quand on cherche, il est difficile de trouver de vrais sujets d’inquiétude pour l’instant. Continuons cependant de chercher pour ne pas être pris au dépourvu. Mais, décidément, nous avons un alignement de planètes favorable. Macron, macro et micro : tous sont bien orientés

 

 

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